Ulysse Lubin est le fondateur du média et de la communauté Supranormal, auteur du livre 1000 jours en quête de sens. Ancien nomade digital reconverti en entrepreneur ancré dans le réel, il a repensé de fond en comble ses systèmes de travail au moment où le tsunami IA a tout bousculé. Dans cette vidéo tournée avec Elliot, il ouvre son terminal, partage son écran et explique point par point comment il a construit un second cerveau alimenté par Claude pour penser, produire et prioriser, sans se noyer dans la complexité des outils.
Pourquoi construire une entreprise antifragile à l’IA
Le point de départ de la réflexion d’Ulysse est le concept d’antifragilité de Nassim Taleb. Face à une perturbation, un système peut être fragile (il se casse), robuste (il résiste) ou antifragile (il se renforce). La question qu’il s’est posée : comment construire une entreprise qui gagne en valeur à mesure que l’IA progresse, plutôt que d’en être la victime ?
Son raisonnement est simple : si l’IA rend la production de contenu infinie, ce qui devient rare, c’est le temps humain, la connexion physique et l’expérience vécue. C’est ce pari qu’il a mis au cœur de Supranormal : un média comme système d’acquisition, un club comme lieu d’expériences réelles, des retraites et événements comme offres premium. Plus les choses se virtualisent, plus le réel prend de la valeur.
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La structure du second cerveau : Obsidian + Claude Code
Tout le système repose sur Obsidian comme base de connaissance, piloté depuis un terminal via Claude Code. L’interface est simple : à gauche la structure des notes, à droite l’agenda avec les daily et weekly notes.
L’organisation est structurée en quatre niveaux :
- Inbox : tout ce qui entre, sans distinction
- Projets : par chantier en cours (écriture du 2e livre, lancements, etc.)
- Casquettes : auteur, créateur, entrepreneur — chaque rôle a son espace
- Garden : les concepts structurés, la veille, les portraits de personnes inspirantes, les notes Zettelkasten
Le Garden est le cœur vivant du système. Chaque concept y est relié à d’autres concepts, à des projets en cours et à des angles éditoriaux potentiels. Ulysse cite notamment la méthode Zettelkasten comme inspiration pour la structuration des idées.
La commande /capture : ingérer n’importe quelle ressource
Le point d’entrée de tout le système est une métacommande : /capture. Elle détecte automatiquement la nature de ce qu’on lui soumet et choisit le niveau de traitement adapté : capture légère, moyenne ou profonde.
Trois usages concrets sont démontrés dans la vidéo :
- Capture de portrait : on donne un nom (ex : Andrej Karpathy), Claude interroge le web via Firecrawl, extrait une fiche structurée avec chronologie, citations, chiffres clés et moment de bascule. Le résultat est classé dans le dossier « Portraits » d’Obsidian.
- Capture de concept : on balance un transcript de podcast, un extrait de livre ou une idée brute, et Claude identifie les concepts exploitables à intégrer dans le Garden.
- Capture de livre : plus de soulignage frénétique. Ulysse lit de façon linéaire et immersive, puis à la fin il dit à Claude : « je viens de lire ce livre, sors-moi les concepts à intégrer » — et il valide ou écarte ensuite.
La capture de portrait en mode deep est asynchrone : Claude crée un agent en arrière-plan, continue à travailler pendant ce temps, et notifie simplement quand la fiche est prête.
Les angles éditoriaux : du concept au contenu publiable
Une fois les concepts capturés dans le Garden, Claude les transforme en angles éditoriaux. Chaque angle mobilise plusieurs concepts, est enrichi avec des ressources associées (livres, auteurs, liens éditoriaux) et intègre une grande idée directrice.
Tous les angles alimentent un backlog scoré selon cinq critères :
- Résonance : est-ce que le sujet allume une curiosité profonde ou un vécu direct ?
- Alignement éditorial : est-ce en lien avec la thèse de Supranormal (vivre au-delà des normes par défaut) ?
- Originalité : est-ce que d’autres créateurs en parlent déjà, ou est-ce un angle rare ?
- Profondeur exploitable : y a-t-il suffisamment de matière pour aller au-delà de la surface ?
- Potentiel de conversation : est-ce que les gens vont se transférer ce contenu ?
Si le score dépasse 75, c’est à publier rapidement. En dessous, c’est à affiner ou à laisser en backlog. Ce système évite de publier du contenu « tiède » et force à ne sortir que ce qui a une vraie valeur éditoriale.
La production multi-canal depuis un seul angle
C’est là que le système déploie sa vraie puissance : un angle enrichi devient l’input unique pour tous les formats. À partir du même angle, Claude peut produire :
- Une newsletter (avec commande
/newsletter) : Claude relit les trois dernières newsletters pour caler le style, propose un plan en 7 temps, demande des anecdotes personnelles à fournir, puis engage un ping-pong d’écriture - Des posts LinkedIn
- Des scripts YouTube
- Des épisodes de podcast
- Les bases d’un futur livre
La clé : Ulysse ne délègue pas entièrement l’écriture. Il reste dans la boucle sur la newsletter par exemple, car il se définit comme écrivain. Le système distingue trois modes selon les étapes : autonome (enrichissement des angles), supervisé (ping-pong d’écriture), et humain (cliquer sur « Publier »).
Le thinking partner : un board de conseillers fictifs
Pour les décisions stratégiques importantes, Ulysse utilise une commande de réflexion appelée « thinking partner ». Une fois ses conclusions posées, il demande à Claude de lui construire un board de conseillers fictifs composé d’entrepreneurs pertinents par rapport à ce qu’il essaie de construire : Naval Ravikant, Paul Graham, Chris Williamson, des figures de Y Combinator.
Chaque membre du board lui fait un retour critique sur son modèle économique. Le résultat est souvent inconfortable, mais c’est exactement l’objectif : confronter ses idées à des points de vue divergents avant de prendre une décision. La philosophie de Bruce Lee résume bien l’approche : « absorbe ce qui est utile, rejette ce qui ne l’est pas, ajoute ce qui t’est propre. »
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Gestion des priorités et charge mentale : le système de rituels
C’est probablement la partie la plus concrètement utile pour ceux qui souffrent d’une charge mentale débordante. Avant ce système, Ulysse avait des notes dans Google Keep, des messages à lui-même, des événements calendrier comme pense-bête, et une tête surchargée en permanence.
Le brain dump permanent via Telegram
Dès qu’une idée, une tâche ou une préoccupation surgit, il la balance dans son bot Telegram connecté à son second cerveau. Le système range automatiquement au bon endroit (inbox, backlog, daily note, projet) et crée des rappels contextuels.
Pour ma part, je ne vais pas choisir cette solution car je n’utilise pas Telegram et suis adepte de la simplicité. Je vais donc rester avec mon application native Notes qui me servira de base pour donner à Claude le contenu afin de générer ma note au format Obsidian.
Le briefing quotidien à 7h du matin
Chaque matin à 7h, le bot Telegram lui envoie automatiquement une synthèse structurée qui contient :
- Agenda du jour : les événements récupérés depuis son calendrier (accès CLI)
- Focus : les tâches prioritaires à traiter dans la journée
- En attente : les chantiers lancés qui dépendent d’autres personnes
- Suggestions du backlog : deux tâches pertinentes par rapport au contexte de la semaine
- Note de cadrage : une phrase pour calibrer l’énergie de la journée
Résultat : zéro énergie dépensée le matin à se demander « qu’est-ce que je fais aujourd’hui ». La session Claude qui suit est déjà orientée.
La daily review du soir
Chaque soir, Claude passe en revue ce qui a été produit dans la journée et propose les tâches les plus pertinentes pour le lendemain, en tenant compte des trois grandes « wins » définies en début de semaine. Si la daily review n’est pas faite à 20h, le bot envoie une relance. Si Ulysse dit « tout va bien », le système fait le log automatiquement depuis les échanges de la journée.
La weekly review du dimanche
Même logique à l’échelle hebdomadaire : définir les trois wins de la semaine à venir, reporter les tâches non traitées, faire le bilan. Si ce n’est pas fait le dimanche soir, une relance arrive automatiquement. Le principe qu’Ulysse formule est net : « la discipline se décale dans l’infrastructure ». Il n’a pas besoin de se forcer, le système lui rappelle au bon moment avec zéro friction.
Formations transformées en commandes interactives
Ulysse avait trois formations vendues pendant des années : un atelier d’introspection, une méthode LinkedIn (la méthode explorateur) et un module de construction d’offre. Il les a toutes les trois compactées en commandes Claude qui s’adaptent au contexte de la personne en temps réel.
La commande /introspection ne sort pas simplement une liste d’exercices génériques : elle comprend d’abord où en est la personne, identifie ses blocages actuels, et sélectionne l’exercice le plus pertinent pour sa situation. La commande /linkedin analyse la ligne éditoriale, optimise le profil et propose des posts alignés. La commande /offre identifie les zones de légitimité, les problèmes à résoudre et les cibles pertinentes.
Ce n’est pas de l’IA générique : c’est la sensibilité et l’expérience de l’auteur compactées dans une structure de prompt qui oriente la réponse bien au-delà de la médiane d’internet.
Les enseignements à retenir pour construire son propre système
Au-delà de la démo technique, il y a quelques principes structurants à retenir :
- Plus tu passes de temps dans le système, plus il prend de valeur. Ce n’est pas un outil qu’on teste et qu’on abandonne, c’est une infrastructure qui s’enrichit session après session.
- Éviter le syndrome de l’objet brillant. Le piège est de passer ses journées à améliorer le système plutôt qu’à produire. Ulysse a mis un garde-fou explicite : chaque jour, quelque chose doit être produit.
- Tout personnaliser à partir d’une base. Les commandes du bootcamp ont été entièrement adaptées à son contexte. Claude ajuste et optimise à chaque friction ressentie.
- Séparer les niveaux d’automatisation. Certaines tâches sont autonomes (enrichissement), d’autres supervisées (rédaction en ping-pong), d’autres restent humaines (publier, valider une direction stratégique).
Le mot de la fin d’Ulysse résume bien l’état d’esprit : devenir antifragile à l’IA, ce n’est pas résister à la vague. C’est se positionner pour la surfer, et rester aux premières loges pour voir ce qui vient.
FAQ
Un second cerveau IA est un système de gestion des connaissances, des tâches et de la production de contenu entièrement connecté à un assistant comme Claude. Il centralise la capture d’idées, l’organisation des concepts, la génération d’angles éditoriaux et la gestion des priorités dans un outil comme Obsidian, piloté depuis un terminal via Claude Code.
Les outils de base utilisés par Ulysse Lubin sont : Obsidian pour stocker et structurer les notes, Claude Code pour piloter le système depuis un terminal, Firecrawl pour les captures enrichies depuis le web, et un bot Telegram pour les rituels quotidiens (brain dump, briefing du matin, daily review).
Le bot Telegram envoie chaque matin à 7h une synthèse avec l’agenda, les tâches prioritaires et deux suggestions du backlog. Le soir, une daily review automatique fait le bilan de la journée et prépare le lendemain. Le dimanche, une weekly review définit les grandes priorités de la semaine. Si ces rituels ne sont pas faits, le bot relance automatiquement.
Oui. Ulysse insiste sur le fait qu’il était lui-même intimidé par l’interface terminal et Obsidian au départ. La progression se fait pas à pas, Claude aide à déboguer et à adapter chaque commande. Au bout de quelques semaines, le système se personnalise entièrement selon les frictions ressenties, sans nécessiter de compétences techniques particulières.
L’antifragilité est un concept de Nassim Taleb : un système antifragile se renforce sous la contrainte, contrairement à un système fragile qui casse ou robuste qui résiste. Appliqué à l’IA, cela signifie construire une entreprise ou un système de travail qui tire profit des avancées de l’IA plutôt que d’en subir la concurrence.